Entre les factures qui explosent, les plans qui s’effondrent et un moral en chute libre, Athènes m’avait mis KO. 1500 euros partis en fumée chez le dentiste, plus aucune idée de direction pour la suite… J’étais au bout du rouleau. Mais parfois, c’est quand on touche le fond qu’on peut enfin rebondir.
« Tu as 20 caries »

Les rendez-vous avec Michael continuent de s’enchaîner. Et plus on avance, plus il découvre de caries.
Au départ, on partait sur 6 caries. Puis 10. Puis 15. Pour finalement arriver au chiffre astronomique de 20 caries. Sachant que chaque soin coûte 60 euros.
Faites le calcul : 20 x 60 = 1200 euros. Ajoutez les 300 euros de l’opération du canal radiculaire, et on arrive à 1500 euros.
Ça fait un sacré trou dans la caisse. Surtout en payant l’auberge de jeunesse athénienne pendant trois semaines. Au total, je pense qu’on s’approchait des 2500 euros partis en fumée.
Je me sentais complètement perdu
Franchement, à ce moment-là, je me sentais extrêmement seul et stressé. Mes journées se résumaient à me demander ce que j’allais faire pour la suite du voyage. Car je voyais bien que l’option Afrique était compromise à cause des différentes guerres : Soudan, nord de l’Éthiopie…
Pourtant, je me mettais une pression de dingue en me disant que je devais absolument continuer en débarquant en Israël, puis en Jordanie.
Mais avec les soins dentaires qui s’étalaient toujours plus dans la durée, cette option du Moyen-Orient devenait elle aussi compromise. Traverser cette région en juin était absolument impossible à cause de la chaleur.
Bref, c’était une période vraiment compliquée sur le plan personnel. Je me sentais à juste titre complètement largué. Tout foutait le camp, comme on dit.

« Cette île est magique, elle va régler tes problèmes »
Un ami me balance alors : « Tu devrais aller en Crète, cette île est magique, elle va régler tes problèmes. »
J’avoue que je n’y croyais plus trop. Mais bon, pourquoi pas ?
Je connais bien cette île, cadre de l’un de mes romans préférés : Alexis Zorba.
Alexis Zorba est un Grec âgé, ouvrier et vagabond, qui travaille dans une mine en Crète. C’est un homme spontané et passionné qui vit au jour le jour sans se soucier du lendemain, embrassant chaque plaisir et chaque douleur avec la même intensité.
Zorba enseigne à son patron intellectuel comment arrêter de trop réfléchir et commencer à vraiment vivre. Sa devise pourrait être : « Pourquoi s’inquiéter quand on peut danser ? »

Neuf heures de bateau vers l’inconnu
Je prends donc le parti de tenter l’aventure : 9h de bateau avec le vélo dans la soute.
J’arrive à Héraklion au petit matin et me mets à rouler sur cette île légendaire. Dès la sortie de la ville, ça monte dur. Le centre de l’île est ultra montagneux.
Un décor qui me fait penser au Costa Rica (où je ne suis jamais allé) : un mélange entre montagnes poussiéreuses et végétation dense.

Le plus beau bivouac de ma vie
Le soir, je m’arrête pour un bivouac au bord de la plage. C’était l’un des plus beaux que j’aie jamais faits.
Mais dans ma tête, je suis perdu.
Ce soir-là, je réalise que je n’ai plus beaucoup d’argent. J’en ai pour quelques mois tout au plus avant de devoir rentrer en France si je ne trouve pas de solution niveau business.
Franchement, ça me stresse. Je sens que j’ai une grosse pression inconsciente à vouloir me forcer à continuer, à mener à bien ce projet d’aller en Afrique. Je n’arrive pas à lâcher prise et juste accepter le destin.

« Autant tout brûler sur mon passage »
Et puis merde quoi ! Si il ne me reste que quelques mois de voyage, autant en profiter. Autant tout brûler sur mon passage et finir en beauté. Je ne veux pas être ce pleutre qui se morfond sur son sort.
C’est dans ces discussions intérieures que je repars le lendemain, vers une destination inconnue.
Pour la première fois depuis le début de mes voyages, en Crète, je n’avais absolument aucune idée d’où j’allais. Je me laissais surprendre par les routes.
Je lâche enfin prise sur l’Afrique
Le soir, je m’arrête encore camper au bord de la plage : un bivouac magnifique. Ce soir-là, je lâche enfin prise sur le fait d’aller à tout prix en Afrique.
Je réalise que si je veux continuer mon voyage, je dois trouver un endroit pour me poser pendant au moins un mois et retrouver des clients.
Je dors sur ces pensées quand soudain…
Réveillé à 3h du matin dans « le lieu du vent »
Je suis réveillé à 3h du matin.
Je suis dans un lieu qui s’appelle Plakias, qui pourrait aussi s’appeler « le lieu du vent ».
En effet, je me fais réveiller car ma tente se plie quasiment sur mon corps tellement le vent souffle fort depuis la mer.
Obligé de sortir en caleçon, sous la pluie, pour fixer des cordes aux rochers. Je ne dormirai quasiment pas du reste de la nuit.

9°C et des tremblements dans les descentes
Je repars le lendemain matin. La température a chuté à 9°C, alors qu’il faisait 23°C la veille. Le vent souffle si fort dans un canyon que je suis obligé de pousser mon vélo.
Je m’arrête à côté d’une église encastrée dans un rocher pour manger un peu, sous les yeux éberlués des touristes qui passent par là.
Je suis frigorifié à cause du vent et de la pluie. Je mange avec mes gants d’hiver.
Je repars sur la route et me rends compte que dans les descentes, mon guidon et ma fourche tremblent violemment.
J’en déduis que mon porte-bagage avant est desserré : quasiment 12 kilos qui se baladent et menacent de tomber. La pluie continue à tomber durement.

Rethymnon, cette ville inconnue
La première ville que je vois m’est complètement inconnue : Rethymnon. Absolument pas prévu de m’arrêter dans cette ville au départ.
Trempé jusqu’aux os, je demande du wifi dans un petit café et ne vois qu’un seul hostel disponible : le Rethymnon Youth Hostel.
J’y vais donc avec l’intention de me poser pour réparer mon vélo. Je débarque, dégoulinant de pluie, dans cette auberge.
Et puis ce qui va suivre va être extraordinaire… à la Zorba.

Parfois, les plus beaux moments naissent des pires galères. Trempé, frigorifié, avec un vélo cassé et un moral dans les chaussettes, j’allais découvrir que Rethymnon cachait une surprise qui changerait tout.
Car derrière le comptoir de cette auberge perdue se tenait Tristan, le manager français de l’hostel. Et ce type… c’était l’incarnation parfaite d’Alexis Zorba à la française. Spontané, passionné, vivant chaque instant sans se soucier du lendemain.
Comment cette rencontre avec un Zorba moderne allait-elle transformer ma vision du voyage ? Et pourquoi certaines personnes arrivent-elles dans votre vie exactement au bon moment ?
La suite vous révélera comment parfois, il suffit d’un homme pour vous rappeler comment vraiment vivre…


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